Plastique d’un conflit.

Je vois déjà les critiques arriver, l’histoire entre les Israéliens et les Palestiniens, c’est pas un conflit, c’est pas une guerre, c’est une occupation illégale, c’est l’histoire de l’impérialisme occidental sur le reste du monde, etc, etc, etc.

Alors mettons les choses au clair, je sais tout ça. Je ne le remets pas en cause, et je peux être encore plus virulent que ça.

Les mots, quand on est Ici (en Palestine), on a tendance à ne plus trop les écouter. Car quels que soient ceux que l’on utilise, la situation s’aggrave concrètement jour après jour. Qu’on soit d’accord ou non sur la sémantique !

Donc ! « Conflit », ça me va très bien !

Selon le Larousse : Définition de base : « Violente opposition de sentiments, d'opinions, d'intérêts »

Définition en Psychologie : « Opposition de motivations ou de conceptions contradictoires chez une même personne ou au sein d'un groupe. »

En psychanalyse : « Expression d'exigences internes inconciliables, telles que désirs et représentations opposés, et plus spécifiquement de forces pulsionnelles antagonistes. (Le conflit psychique peut être manifeste ou latent.) »

Et en droit : « Situation opposant deux types de juridiction (conflit d'attribution) ou deux tribunaux d'un même ordre (conflit de juridiction) qui prétendent tous deux se saisir d'une même affaire (conflit positif) ou, au contraire, se refusent l'un et l'autre à s'en saisir (conflit négatif). »

Depuis de nombreuses années je fais des photos en Palestine, j’ai constaté que le merchandising d’Ici me fascine. Il y a souvent des mannequins en plastique sur mes photos.

Dans mon esprit « Plastique », l’autre mot du titre, s’apparence à l’esthétique que l’on donne à ce conflit. Chacun l’habille un peu comme ça l’arrange, chacun y puise ce qui l’intéresse. Chacun le présente sous l’angle le « plus avantageux », un peu comme une marchandise ou bien le corps d’une femme. Sans se soucier de la marchandise ou de la propriétaire du corps …

Pour ce voyage, j’ai décidé de tourner mon objectif vers les boutiques d’Ici.

J’ai également amené un deuxième appareil, un vieux Canon de 2007, il est équipé d’un accessoire wifi pour transmettre les photos qu’il prend. J’ai pris également un vieux routeur wifi, simple et stable. J’ai demandé à Miquèu de me rejoindre avec ses flutes et nous allons former un trio avec Manar, une artiste palestinienne qui pratique la danse Soufie et qui vie Ici. On va travailler 10 jours ensemble autour de mon dispositif de photographie en temps réel. On prévoit une sortie de résidence le 20 juin.

Miquèu arrive Lundi. Pour l’instant je retrouve mes amis sur place. J’ai commencé par le marchand de café de la place de la Mangeoire située entre la basilique de la Nativité et la mosquée d’Omar. Puis j’ai été voir Maria, Adnan, Irène, Fayrouz.

À midi, j’avais rendez-vous avec une amie qui vit Ici, dans un petit village en zone « c » presque directement collé à une colonie israélienne. Au milieu de notre conversation passionnante sur dieu et la croyance (elle est musulmane, je suis athée) je lui demande comment va la vie de son village. Voici sa réponse :

« Depuis longtemps on avait l’habitude de voir des patrouilles de l’armée une fois par semaine. Ils traversaient le village en silence dans un jeep blindée. Puis, depuis quelques mois, le rythme s’est accéléré. Progressivement c’est devenu quotidien. Maintenant ils passent chaque matin en émettant un son qui ressemble à celui d’une ambulance. Nous sommes tous très stressés. Nos conversations cessent à leurs passages. Le faux bruit d’ambulance est entourés de silences. Puis ils ont également créé des barrières de contrôle à différents endroits entre les villages. Ils viennent et bloquent les passages. À la question : « Pourquoi vous faites ça ? » Ils répondent : « Pour vous pourrir la vie ». Puis, quand ça leur suffit (de nous emmerder) ils repartent. »